Classée 2e sur plus de 1100 critiques adressées cette année au jury du prix de la critique, Emma Deunf a reçu son prix jeudi 27 novembre au centre culturel du Triangle à Rennes, lors des 24es rencontres nationales Goncourt des Lycéens.

Comme chaque année, le Conseil Régional de Bretagne propose aux lycéens amateurs de littérature de participer à un concours de critique autour des romans sélectionnés à la rentrée par les jurés de l’Académie Goncourt. Cette année, 15 oeuvres étaient à lire, dont « Charlotte », un très beau roman de David Foenkinos, qui a réussi à être couronné à la fois par le prix Renaudot et par le prix Goncourt des Lycéens. C’est justement sur ce roman qu’Emma Deunf avait choisi de faire sa critique, qui a retenu l’attention du jury puisqu’elle a remporté le 2e prix. Celui-ci lui a été remis en personne par le critique littéraire du journal « Le Monde », Philippe-Jean Catinchi, devant une salle de plusieurs centaines de lycéens venus participer aux 24es rencontres nationales de Rennes, organisées par l’Association « Bruit de lire ».

la remise du prix -  voir en grand cette image
la remise du prix
Emma recevant son prix des mains de Gaël le Meur, conseillère régionale et de Phillippe-Jean Catinchi, critique au journal « Le Monde »

Lors de cette journée, Emma a pu notamment participer à un échange avec David Foenkinos, venu témoigner de son bonheur d’avoir remporté le prix Goncourt des Lycéens cette année, après avoir été sélectionné à deux reprises les années précédentes. Expliquant à quel point ce roman lui tenait à cœur puisqu’il y travaillait depuis 8 ans, il a remercié les lycéens de leur choix et raconté les difficultés qu’il lui a fallu affronter dans l’écriture de cette histoire qui l’a amené à adopter du coup une forme très originale.

David Foenkinos répondant aux questions des lycéens -  voir en grand cette image
David Foenkinos répondant aux questions des lycéens

Emma et les autres lauréats du concours de critiques ont eu ensuite le privilège, après la remise des prix, d’avoir une conversation avec Didier Decoin, secrétaire de l’Académie Goncourt, et avec Pierre Gestède, attaché de presse aux Éditions Gallimard. Tous les deux leur ont longuement parlé du monde de l’édition et de l’importance de la critique dans la vie littéraire. Une voie possible pour Emma, qui a pu profiter d’une journée particulièrement riche.

Didier Decoin et Pierre Gestède avec les lauréats du concours de critiques -  voir en grand cette image
Didier Decoin et Pierre Gestède avec les lauréats du concours de critiques

La critique d’Emma Deunf

La jeune fille et la mort

C’est un hommage tout en pudeur et délicatesse que rend David Foenkinos à Charlotte Salomon, juive allemande et artiste avant-gardiste morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte.

“Elle apprivoisait sa mélancolie
Est-ce ainsi qu’on devient artiste ?
En s’accoutumant à la folie des autres ?”

Charlotte, c’est la mélancolie. Mais peut-on vraiment être autre que mélancolique lorsque l’on n’est que la seconde Charlotte, et que le spectre d’une morte flotte sur son prénom ? Lorsque l’on est le fruit d’un arbre aux racines gangrenées par le suicide ?

On sent, sous le rythme haletant - comme si l’auteur reprenait son souffle à chaque phrase - toute sa fascination pour Charlotte. Ces phrases courtes laissent monter l’émotion peu à peu, tracent la vie dela jeune femme à petites touches, tantôt sobres, tantôt lyriques, et par leur lenteur obligent le lecteur à s’imprégner entièrement de sa vie tragique. La rencontre entre Foenkinos et son œuvre s’apparente presque à un coup de foudre : « La connivence immédiate avec quelqu’un ». Seules les intrusions de celui-ci dans son propre récit interrompent la plongée dans un bouillon de sentiments et d’instants, entre passion et déraison.

“Il existe un point précis dans la trajectoire d’un artiste
Le moment où sa propre voix commence à se faire entendre”

Charlotte, c’est une âme exaltée et sauvage, baignée dans l’art dès son plus jeune âge, pour qui la peinture devient obsession, mais aussi libération. Le seul moyen par lequel elle peut exister. D’être elle, enfin, alors que les nazis nient son droit d’être. “

”Peindre pour ne pas devenir folle”

Charlotte, c’est une folie douce, celle des grands artistes qui se consument entièrement dans une unique œuvre, un unique amour jusqu’à l’obsession, perdus dans leur solitude et rongés par un certain mal de vivre.

“Elle voulait mourir, elle se met à sourire”

Charlotte, c’est l’ambiguïté, entre rage de vivre et peur de la vie. « Vie, ou théâtre ? » est le titre de son œuvre. Mais sa vie elle-même n’est-elle pas un théâtre ? Et son œuvre, le théâtre de sa vie, fixé à jamais en dessins, en musiques, en textes ?

Le point final de cette élégie tombe comme une délivrance, teinté de tristesse, de souffrance mais également d’émotion… comme la mélancolie.